Découvert par hasard chez mon bédéiste indépendant, Alter Ego, de Ana Sanchez a attiré mon attention. Vendu comme un one-shot shôjo¹, à base de meilleure amitié, de jalousie et de découverte de ses sentiments.

J’ai été agréablement surprise dés les premières pages : les personnages sont majeures, dont 2 (Elena et Noel) sont à la fac. Pour une fois, on ne va pas parler de protagonistes trop éloignées de la réalité des lecteurices les plus âgés·âgées. Il n’est pas question de monde du travail ou d’enjeux de la fac, mais les aspirations et la vie des 3 filles sont plutôt réalistes par rapport à ce qu’on peut habituellement croiser.

On suit l’histoire d’après le point de vue de Noel, qui a une vision malsaine des relations amicales et amoureuses. Ce point m’a fait douter sur le fait que je continuerai ce livre, j’ai eu peur de tomber sur une énième histoire problématique. En écrivant ce post, je me rends compte que c’est possiblement une intention de l’autrice. En effet, l’un des intérêts de l’histoire, c’est de suivre l’évolution de Noel, immature émotionnellement et possessive, vers une définition des relations plus saine. Est-ce une réflexion volontairement méta sur l’état du Yuri et des mangas de romance en général ? J’aimerais que l’autrice nous le dise. Les tropes habituels de ce genre de one-shot sont donc bien présents (coucou, Le secret de l’amitié) mais l’autrice semble jouer avec, plutôt que de les utiliser de manière classique. Je me trompe peut-être sur ce dernier point, n’hésitez pas à me donner votre avis en me mentionnant sur Fédiverse ou Twitter.

En parlant d’Ana C. SANCHEZ, c’est une autrice espagnole dont Alter Ego est le seul mangas édité à ce jour. Je suis très heureuse de voir qu’une maison d’édition comme Glénat édite des mangas non-asiatiques de manière banalisée. Habituellement, ce qu’on appelle le "Global Manga" (je déteste ce terme), est explicitement vendu comme tel, j’ai souvent l’impression que cela engendre du dédain de la part d’une bonne partie des lecteurices. Je me demande à quel point le fait que l’œuvre ne soit pas issue du parcours éditorial traditionnel de mangas a permis à l’œuvre d’avoir ce côté critique méta.

Maintenant, un point qui m’a dérangée dans le livre : un des développements est lié à un changement d’état civil. La protagoniste en question souhaite changer de nom de famille suite à une histoire familiale lourde. Elle change abruptement de point de vue suite à l’intervention d’un personnage non-concerné, n’ayant jamais eu à réfléchir sur la question alors. On dirait alors que le fait que cette personne soit extérieure à la situation permet de prendre du recul que la concernée n’a jamais eu et apporte la solution miracle. Sauf que je suis concernée par cette situation et… ben ça fonctionne pas comme ça. En fait, quand on a 24 ans (l’âge de la protagoniste concernée), on a eu au moins 10 bonnes années pour réfléchir au fait de choisir ou pas de changer de nom de famille et pourquoi. Ce n’est pas une question de nier ou effacer son passé, jamais. Au contraire, ça peut être le moyen d’avancer et de se libérer d’une hérédité non-désirée. Plus généralement, je n’apprécie pas ce trope de personnage non-concerné et non-éduqué qui sait mieux que le personnage concerné ce qui est bon pour ellui. C’est dangereux et invalidant pour des personnes qui sont exposées à ce genre de situation dans la vie réelle. (au hasard, les personnes trans’ ?)

En conclusion, si vous aimez les histoires de romance, je vous recommande ce livre pour les points suivants :

  • un des rares mangas non-asiatiques correctement édité en France
  • des personnages majeures et non-lycéennes o/ (c’est tellement rare dans le yuri que oui, ça devient un point positif)
  • un lesbianisme pas fétichisé, ni montré à travers une relation toxique
  • oh et j’ai oublié de le préciser mais je trouve le dessin beau et j’apprécie le design des personnages

  • [1] Le problème étant que "Shôjo" n’est pas un genre mais une question de démographie. Pour plus d’informations, je vous conseille la vidéo de l’Ermite Moderne sur la question.